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Espace public : sécurité du vide ou lieu de partage et de culture ?
Depuis quelques années, Genève perd peu à peu ses lieux autogérés. Pénurie de logement
et pression foncière obligent les squats à fermer les uns après les autres, et avec eux, les lieux de convivialités, d'expérimentation et de représentations qui y avaient fait leur nid.
Du Madone bar à la Cave 12, en passant par le Bistroquet et le Singe, la scène culturelle alternative s'est progressivement appauvrie. Il restait le site d’Artamis, avec ses salles de concert, lieux d'exposition, salle de théâtre, ateliers d’artisans, pour y accueillir musiciens, acteurs, metteur en scène, jeunes artistes et proposer des expériences de culture hors cadre institutionnel, libres et spontanées, à des prix accessibles pour tout le monde. Avec la disparition d'Artamis, Genève perd une friche importante de création d’avant-garde et libre. Si l’on considère l’importante fréquentation du lieu par le public - notamment le week-end de clôture du site le 23-24 août dernier - il est indéniable que les genevois/es aiment cette forme d'expression culturelle, ces espaces de liberté au cœur de la ville.
Aujourd’hui, comme il y a 30 ans, il y a à Genève une forte demande pour des expériences nouvelles et inédites, hors des institutions conventionnelles, hors des sentiers battus, une volonté aussi d’investir l’espace public autrement que par des propositions commerciales ou des opérations populaires pour la masse. La Terrasse du Troc, le Quai, la Barje, les actions de Préambule aux Grottes, sont des exemples d'appropriation de l'espace public par le citoyen, offrant des lieux conviviaux et des expériences culturelles différentes par rapport à l’offre des salles. Ces expériences démontrent une envie de vivre les parcs, les squares, la rue en les transformant en lieu de partage et d’échange autour de la culture, dans le respect de l’autre, et sans engendrer des nuisances intolérables. Quelle place pour ces initiatives dans le futur? Comment les encourager sans les étouffer? Quels lieux possibles pour ces projets non formatés, rassembleurs et garants d’une autre qualité de vie dans l’espace public? Que pourraient devenir la Pointe de la Jonction, le site de la Praille-Acacias ou la suite d’Artamis ? La question de fond qui se pose est celle de la place pour une culture de proximité, simple et inventive, dans le cadre d’une ville globale telle que les pouvoirs publics et économiques sont en train de planifier pour Genève. Actuellement, un grand nombre d'acteurs culturels cherchent un lieu pour y faire vivre leur projet culturel. Genève veut-elle, peut-elle se donner les moyens d'offrir des espaces à cette culture ? Genève veut-elle, peut-elle accepter des événements artistiques dans les quartiers, squares et parcs organisés par des citoyens et non pas par les pouvoirs publics? Genève peut-elle, veut-elle penser son évolution, son agglomération en y intégrant la culture de proximité, d'expérimentation et de divertissement. Genève veut-elle, peut-elle penser l'espace public en d'autres termes que la rentabilité et s'offrir des espaces de vie culturelle hors cadre institutionnel ?
Autour du film « Paysage urbain », qui retrace le portrait des acteurs du site d'Artamis avec le potentiel et les limites de ce lieu, nous aimerions évoquer ces questions et débattre sur la question délicate, mais tellement nécessaire, de l’investissement de l’espace public, bâti et non bâti, par les citoyen/nes genevois/es.
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